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Des signaux d’alerte

Le syndrome d’épuisement professionnel est associé à certains signes physiques traduisant un épuisement du corps consécutif à un excès d’engagement au travail.

  • Une fatigue intense :

Les personnes décrivent une fatigue jamais éprouvée jusqu’à présent. La plupart du temps, elles ne comprennent pas ce qui leur arrive.

Celles qui sont les plus susceptibles de souffrir de burn-out sont des personnes extrêmement actives, très impliquées au travail, qui sont souvent en suractivité.

  • Les signes du corps :

Généralement, le corps craque en premier.

Avant la rupture, il donne souvent des signes d’alerte comme des crampes d’estomac ou des remontées acides.

Les personnes souffrent de troubles du sommeil et, dans certains cas, de troubles alimentaires.

Les défenses immunitaires s’affaiblissent et les épisodes inflammatoires se multiplient, tels que des angines.

Le burn-out peut aussi déclencher des tensions musculaires comme des torticolis, des maux de dos ou encore des problèmes dermatologiques liés à un grand état de stress telles que des poussées de psoriasis ou d’eczéma.

  • Un isolement des autres :

Les salariés concernés se sentent complètement dépassés dans leur environnement de travail.

Ils n’ont plus de contrôle, ni sur leurs tâches, ni sur leurs activités professionnelles et ressentent une extrême solitude.

Ils ont la sensation que personne ne peut comprendre ce qu’ils ressentent. Une incompréhension qui les pousse à l’isolement et renforce leur sentiment de solitude.

  • Le cynisme :

Il n’est pas rare que les salariés touchés développent du cynisme vis-à-vis de leur travail.

Ainsi, un professionnel de soins ne se souciera plus de ses patients, un enseignant se désintéressera de ses élèves et un agriculteur ne s’occupera plus de son exploitation.

Une personne qui souffre se désintéresse de son environnement et de ses activités habituelles.

Elle ressent un sentiment d’échec, adopte une attitude distante et voit les choses de façon négative.

  • Les troubles cognitifs :

Le surinvestissement professionnel conduit à une altération du fonctionnement du cerveau qui, en état de surchauffe, finit par montrer des signes de faiblesse.

Le burn-out s’accompagne systématiquement de troubles de la concentration et/ou de pertes de mémoire.

Certaines personnes touchées éprouvent des difficultés à fixer leur attention sur quelque chose, à lire et à écrire.

En revanche, les activités manuelles sont moins affectées et offrent la possibilité de conserver le sentiment de pouvoir agir sur les choses.

  • La baisse de l’estime de soi :

Le burn-out se manifeste également par le sentiment de n’avoir aucune valeur.

Les personnes ont la sensation d’avoir échoué dans ce qui leur tenait le plus à cœur et d’être totalement inutiles au monde et aux autres.

Leur sentiment de culpabilité est d’autant plus fort que la rupture est brutale entre l’état antérieur d’épanouissement au travail et l’état actuel de fatigue et d’impuissance.

Enfin, les personnes sont émotionnellement vidées.

Elles ne ressentent plus rien et sont incapables d’éprouver aussi bien de la joie que de la douleur.

Elles agissent comme des robots, effectuant les actes mécaniquement, ne se sentant plus concernées par rien.

Quand le travail consume de l'intérieur

Du point de vue scientifique

A l’heure actuelle, aucun médicament n’existe afin de soigner le syndrome d’épuisement professionnel.

Les antidépresseurs ne fonctionnent pas parce que l’état dépressif du patient n’est pas au premier plan, même s’il est souvent bien réel.

Devant ce qui était il y a peu un mal mystérieux et, pour tenter de le soigner au mieux, les scientifiques tentent aujourd’hui d’identifier clairement les processus chimiques en jeu dans l’exposition au stress qui enclenchent le burn- out.
Il s’agit de définir les zones du cerveau en cause dans la survenue de cette pathologie où le corps est assommé de douleurs et ne parvient plus à crier.

 

Les symptômes décrits plus haut sont les conséquences de phénomènes physiologiques liés à des sécrétions hormonales désordonnées qui dérèglent l’organisme et empêchent de fonctionner de façon équilibrée.

Une bonne connaissance de ces dérèglements hormonaux permettrait de les réguler grâce à des traitements médicaux appropriés.

Une autre cause biologique avancée serait le mauvais fonctionnement de certains neurotransmetteurs du cerveau comme la dopamine, la sérotonine, la noradrénaline ou le gaba.

Si tout va bien lorsque ces neurotransmetteurs sont correctement régulés, il suffit d’une trop forte ou trop faible représentation de certains d’entre eux pour que la machine s’enraye.

Des études récentes mettent également en avant le rôle important de l’hippocampe, une structure du cerveau située près du cortex cérébral, qui jouerait, lui aussi, énormément dans la décompensation.

Intervenir à temps sur cette région du cerveau afin de mettre au point des traitements est tout l’enjeu de ces dernières découvertes.

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Le cadre juridique

Un salarié en arrêt de travail de longue durée ou de façon répétée peut être licencié au motif de la désorganisation de l’entreprise engendrée par l’absence prolongée, ou les absences répétées, liées à une maladie non professionnelle et nécessitant son remplacement définitif.

Cependant, si le droit du travail ne connait pas la notion d’épuisement professionnel, les tribunaux ont fait évoluer la jurisprudence sur la question de l’obligation de sécurité de résultat de l’employeur.
Cette obligation résulte de l’article L. 4121-1 du Code du travail qui impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
L’article L. 4121-2, quant à lui, prévoit que l’employeur doit mettre en œuvre des mesures préventives à cette fin.

 

Dans un arrêt rendu le 13 mars 2013 (pourvoi n° 11-22082) la Cour de cassation a qualifié d’injustifié un licenciement lorsque l’absence prolongée du salarié pour cause de maladie résulte d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité de résultat.

Une cheffe de produits avait été licenciée à la suite d‘absences prolongées et répétées.

Déboutée par la Cour d’Appel de sa demande de dommages et intérêts, elle a formé un pourvoi en cassation.

Les hauts magistrats ont reproché aux juges d’appel de ne pas avoir recherché si la salariée avait été exposée à un « stress permanent et prolongé » en raison d’une « surcharge de travail conduisant à un épuisement professionnel de nature à entraîner une dégradation de son état de santé susceptible de caractériser un lien entre la maladie de la salariée et un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité ».

Depuis, plusieurs juridictions se sont inscrites dans ce sillage.

La Cour d’Appel de Rennes en novembre 2013 juge que « Mme X… était dans un état d’épuisement total et atteinte de burn out en raison de la surcharge de travail à laquelle elle était confrontée et qui avait déjà été relevée par le médecin du travail à la fin de l’année 2006, que l’employeur s’est abstenu de prendre des mesures pour la soulager et a manqué de ce fait à son obligation de sécurité de résultat et qu’il ne pouvait dès lors invoquer les conséquences de l’absence prolongée de la salariée pour cause de maladie sur le fonctionnement de l’entreprise alors que cette absence résultait de son propre manquement ».

En juin 2014, la Cour d’Appel d’Aix en Provence a jugé que l’employeur était « débiteur au sens de l’article L.4121-1 du Code du travail, de l’obligation d’assurer la sécurité et la protection des salariés, de prévenir les risques professionnels, notamment psychosociaux, dont le burn out, en prenant des mesures telles que la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés ».

Dans une autre affaire jugée en octobre 2014, suite au décès d’une préparatrice en pharmacie, la Cour d’Appel d’Angers a retenu la faute inexcusable de l’employeur qui « n’a pas tenu compte de la fragilité visible de sa salariée et de la dégradation de son état de santé face au stress généré par la nouvelle organisation ni mis en œuvre une démarche d’analyse des risques et de leur prévention ».

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La question de la reconnaissance en maladie professionnelle

A ce jour, aucune définition clinique ne permet de décrire cette affection et de promouvoir sa reconnaissance en tant que maladie professionnelle au titre de l’article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale, et ce, alors même que les risques psycho-sociaux prennent une place de plus en plus importante dans notre société.

Reconnaître cette réalité en inscrivant l’épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles permettrait, d’une part, de faire basculer le financement des congés liés au burn-out sur la branche Accident du Travail et Maladie Professionnelle (AT/MP) financée par les cotisations patronales à 97%, plutôt que sur le régime général de la Sécurité sociale qui pèse sur tout le monde et, d’autre part, d’encourager les employeurs à prendre soin de leurs salariés.

Ainsi, seuls quelques dizaines de cas de pathologies psychiques sont reconnus chaque année par la sécurité sociale.

Actuellement, le seul recours pour que le burn-out soit pris en compte en tant que maladie professionnelle s’apparente à un parcours du combattant.

La victime doit passer devant un Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP) qui étudie les situations au cas par cas.

Concrètement, il faut démontrer une incapacité permanente de travail de plus de 25% (un taux extrêmement rare) et un lien direct et essentiel avec son activité professionnelle.

Ceci est très difficile à prouver lorsque l’on sait qu’une main arrachée, par exemple, représente une incapacité de travail de 20%.

Les salariés, déjà au bout du rouleau, sont peu nombreux à s’engager dans de telles procédures, qui s’étalent sur plusieurs mois.

Entre 2001 et 2009, seulement 440 cas ont été reconnus pour 900 demandes alors que le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles recensait sur la même période 10 574 signalements pour troubles mentaux ou du comportement liés au travail.

Pourtant, le burn-out ne sera pas reconnu comme une maladie professionnelle.

L’amendement à la loi sur le dialogue social déposé par l’ancien ministre, Benoît Hamon, a été jugé irrecevable.

Le président de la commission des finances, Gilles Carrez, s’appuie sur l’article 20 de la Constitution qui permet de refuser un amendement d’origine parlementaire s’il entraîne une aggravation des dépenses publiques.

Cependant, un pas timide vient d’être franchi avec l’adoption d’un autre amendement qui demande au gouvernement de fournir un rapport sur l’intégration des affections psychiques dans le tableau des maladies professionnelles ou encore l’abaissement du seuil d’incapacité permanente partielle (IPP) pour ces mêmes affections.

La prise en compte de ces pathologies se fera via le système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles.

Ces cas feront l’objet d’un traitement spécifique par les Caisses Primaires d’Assurance Maladie et les Comités Régionaux de Reconnaissance des Maladies Professionnelles, selon des modalités qui seront précisées par décret.

Il pourrait notamment être envisagé la participation de praticiens spécialisés en psychiatrie à l’examen de ces dossiers.

Pour autant, Benoît Hamon ne compte pas en rester là et n’exclut pas de déposer une proposition de loi à l’automne.

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En conclusion et, afin de ne pas sombrer dans la spirale de l’épuisement professionnel, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin du travail qui aidera à prévenir les premiers signes de burn-out.

Il est nécessaire d’apprendre à prendre du recul vis-à-vis de sa situation et de relativiser son stress au travail.

Au quotidien, il faut savoir dire non face à une surcharge de travail afin de ne pas être débordé, optimiser son organisation de travail et déléguer certaines tâches.

Il est aussi conseillé de réaliser des bilans sanguins afin de contrôler ses carences en fer ou en vitamines.

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