Étiquettes

, , , , , , , , ,

bloodUne tâche de sang, en partie lavée à la serpillière  par un collègue trop zélé. Des murs nus et au milieu de ce qui deviendra la salle de bain de ce deux pièces, un escabeau. Quoi de plus anodin ? Six marches espacées d’une vingtaine de centimètres, une hauteur totale (support compris) d’environ un mètre quatre-vingt.

Et donc au sol cette tache de sang diluée à l’eau, ample, irrégulière. Matérialisation brutale de l’accident qui s’est produit deux heures plus tôt, rendue plus visible, plus intrigante encore par sa vaine tentative d’effacement. Je ne peux m’empêcher de la balayer du regard, d’imaginer la chute, le corps, l’hémorragie.

Ce jour là, Monsieur T. et son collègue ont travaillé plus vite que prévu. D’abord à l’étage puis, en milieu de journée, ils descendent leur matériel au rez-de-chaussée : l’outillage, les boîtes de dérivation et surtout les deux escabeaux à six marches.EscabeauSeulement voila : la hauteur du plafond – trois mètres cinquante – est plus importante au rez-de-chaussée qu’à l’étage ; les deux électriciens, qui ne pensaient descendre que le lendemain, en sont réduits « au système D » pour câbler l’appartement, un peu à la manière de bricoleurs du dimanche. L’un travaille dans la pièce principale à l’aide d’une plate-forme individuelle roulante abandonnée sur place par une autre entreprise, tandis que Monsieur T. se rend dans la salle de bain où il utilise le même escabeau qu’à l’étage –y compris pour tirer le câble du plafonnier.

En début  d’après-midi, son collègue le retrouve inanimé au sol, l’escabeau renversé sur lui.

Perte de connaissance, hémorragie.

Dans le BTP, plus de 30 % des chutes de hauteur sont liées à l’emploi d’échelles ou d’escabeaux. Chutes qui, avec près de 72 000 accidents, tous secteurs d’activités confondus, représentent la deuxième cause d’accidents mortels et la troisième cause d’incapacités et d’arrêts de travail.

Quand Monsieur T. reprend ses esprits, il a mal. Il essaye de se lever. Son collègue lui prend la main et lui dit de rester allongé.

Comme les échelles et les marchepieds, les escabeaux sont des équipements de travail non protégés qui, par définition, exposent l’utilisateur à un risque de chute. Et pas besoin de tomber de haut pour se blesser gravement ! Autant de raisons qui expliquent que le Code du travail en restreigne l’usage par les salariés. Plus précisément, il n’est possible de se servir d’une échelle, d’un escabeau ou d’un marchepied que si ces équipements apparaissent adaptés d’un point de vue ergonomique (art. R. 4323-81 du Code du travail). Si cette première condition est remplie, encore faut-il établir en sus :

– soit l’impossibilité technique de recourir à un équipement de travail plus sûr (plate-forme avec garde-corps, échafaudage, nacelle etc).

– soit l’existence d’un risque faible pour des travaux de courte durée ne présentant pas un caractère répétitif (art. R. 4323-63 du Code du travail).

Dans le cas de Monsieur T., aucune de ces conditions n’était remplie : l’escabeau n’était pas adapté au plan ergonomique, compte tenu de la hauteur du plafond ; il était parfaitement possible d’utiliser un autre équipement tel qu’une plate-forme roulante ou un échafaudage (qui, eux, auraient à coup sûr permis d’éviter l’accident) ; enfin, dans un arrêt du 1er septembre 2009   (n° 09-80091), la chambre criminelle de la Cour de Cassation a rappelé que le tirage de câbles électriques est, par nature, une « activité répétitive et risquée », ce qui prohibait l’utilisation « d’un simple escabeau ».

ambulance2Arrivée rapide des secours. Bilan final: des dents et des côtes cassées, un traumatisme crânien sévère. Ouf, ça aurait pu être pire !

Publicités