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Ca s’est passé peu de temps avant mes congés. Quelques éclats de voix en provenance du secrétariat pendant que j’essaye de rédiger un énième courrier, histoire de tout boucler à temps. Malgré moi, je saisis quelques bribes du dialogue. Mince, encore un salarié de l’entreprise « Top ménage » ! Je m’arc-boute un peu plus sur mon clavier et je pousse un profond soupire.

 En général, les entreprises à problème sont comme un panache de cendre dans un ciel bleu: on les repère de loin.

 Au début, « Top Ménage » se situait dans la moyenne de son secteur d’activité, la propreté. Quelques sollicitations pour des changements d’horaires ou de chantiers, sans compter l’éternel problème de la sous-évaluation des tâches à accomplir : soit vous ne terminez pas votre travail, soit vous réalisez des heures qui ne seront jamais payées. Un classique dans cette branche.

 J’aurais sans doute pu continuer comme ça pendant longtemps, à répondre cahin-caha aux questions qui m’étaient posées, surfant bien malgré moi sur la vague de l’injustice sociale, si l’idée ne m’était pas venue, un beau jour, d’aller contrôler cette entreprise. C’est là que les ennuis ont commencé.

 Quelques secrétaires perdues dans un hangar au fin fond d’une zone commerciale. A l’intérieur, entre le téléphone qui sonne tout le temps, les salariés qui viennent se plaindre à l’improviste, et les assistantes qui crient d’un bureau à l’autre, impossible de se concentrer. Ma venue ajoute encore à la confusion: le registre unique du personnel n’existe que sous forme informatique, il faut donc l’éditer. Bien sûr, personne ne sait comment faire. D’où un appel au siège qui suscite de vives récriminations, exprimées avec force cris, d’un bout du couloir à l’autre. En attendant, je demande les procès-verbaux du comité d’entreprise. Pas de chance, ils se trouvent dans un local dont seuls les représentants du personnel ont la clef. Au bout de presque deux heures d’attente, je dois me contenter de l’édition informatique du registre unique du personnel. On en reste là.

 Dans les jours qui suivent, j’envoie la liste des salariés que j’ai sélectionnés en vue du contrôle … non sans rappeler que tout obstacle aux fonctions d’un inspecteur du travail est passible de sanctions pénales. De cette façon, j’arrive enfin à accéder aux dossiers, véritable inventaire de ce qu’il ne faut pas faire, en matière de gestion des emplois à temps partiel: les heures mentionnées sur les bulletins de paie ne correspondent pas avec les contrats de travail !

C’est alors que commence un fastidieux travail d’analyse. Il faut faire le tri entre les variations admises, au titre des heures complémentaires, et celles qui constituent des infractions pénales (voir à ce sujet, mon billet « les dérèglements du travail à temps partiel »), sans se perdre dans la kyrielle d’avenants conclus tous les mois. Pénible recensement qui, après d’autres péripéties, donnera lieu à la rédaction d’un procès-verbal et, sept mois plus tard, à une condamnation pénale, facilitée par un arrêt de la Cour de cassation rendu peu de temps avant l’audience (c’est mon côté juriste visionnaire…).

 Cette condamnation a renforcé ma visibilité dans l’entreprise. Les sollicitations se font plus nombreuses, plus insistantes. Parfois plus complexes aussi.

 Le jour du rendez vous, Monsieur Y. s’est présenté en compagnie d’un de ses collègues.

 (A suivre….).

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